La transparence ne saurait être un prétexte à la stigmatisation des adversaires politiques ni un instrument de communication au service d’une majorité parlementaire. Au Sénégal, les auditions publiques des commissions d’enquête de l’Assemblée nationale soulèvent une question fondamentale, celle de l’utilisation du contrôle parlementaire à des fins partisanes.
Lorsque les accusations prennent le pas sur les preuves, que la médiatisation semble privilégier la confrontation politique et que les exigences d’impartialité sont mises à l’épreuve, la reddition des comptes risque de se transformer en tribunal médiatique. La majorité de Pastef doit comprendre qu’une véritable rupture démocratique ne consiste pas à mettre en accusation les anciens dirigeants, mais à garantir un contrôle impartial et une transparence applicable à tous.
1. Des auditions parlementaires, au risque du tribunal médiatique
La retransmission en direct des auditions peut renforcer la transparence, mais elle risque également de transformer les commissions d’enquête en tribunaux médiatiques, où les personnes mises en cause sont publiquement condamnées avant l’établissement des faits. Une déclaration ne constitue pas une preuve. Il est essentiel de distinguer le soupçon, la responsabilité politique et la culpabilité pénale.
L’audition d’Abdoul Yaya Kane, ancien directeur général de l’Agence de gestion du patrimoine bâti de l’État (AGPBE), devenue par la suite la SOGEPA. SN (Société de gestion et d'exploitation du patrimoine bâti de l'État), illustre cette problématique. Selon les déclarations rapportées, il aurait mis en cause l’ancien procureur Bassirou Guèye au sujet de deux maisons situées au Point E, attribuées dans le cadre d'un bail emphytéotique de 99 ans, avec un loyer mensuel de 100.000 francs CFA pour les deux villas. L’ancien procureur a catégoriquement dénoncé dans la presse un « procès en sorcellerie dont il est victime ».
Ces accusations, qui restent à vérifier, nécessitent des preuves matérielles et un examen contradictoire. Une commission d’enquête sérieuse doit rechercher la vérité, et non se transformer en instrument de règlement de comptes politiques au service du populisme et des mesquineries politiciennes.
2. Pluralisme médiatique et expertise : les conditions d’un contrôle crédible
La transparence exige une couverture médiatique équilibrée. Lorsque la retransmission des auditions semble principalement assurée par des médias considérés comme proches d’Ousmane Sonko et de Pastef, l’équilibre de l’information peut être compromis. La transparence ne saurait être le monopole d’un camp politique, elle suppose le pluralisme, la confrontation des analyses et un accès équitable à l’information.
En outre, les enquêtes portant sur les finances publiques, les marchés publics et les contrats administratifs nécessitent de solides compétences en audit, en comptabilité, en droit et en finances publiques. Sans cette expertise, des opérations complexes risquent d’être réduites à des interprétations partisanes. La majorité parlementaire de Pastef doit donc être jugée sur la rigueur de ses méthodes et la solidité de ses preuves, et non sur l’intensité de ses accusations ou leur impact médiatique.
3. Une reddition des comptes universelle contre la justice sélective
La reddition des comptes doit s’appliquer à tous les responsables publics, sans distinction politique ni considération de période. Elle concerne aussi bien les anciens dirigeants qu’Ousmane Sonko, ses ministres et les directeurs généraux nommés sous la gouvernance de Pastef durant ces deux années de gestion du pouvoir. Aucun responsable ne peut exiger la transparence pour ses prédécesseurs tout en échappant à cette même exigence.
Pour prévenir toute perception de justice sélective, le Sénégal doit renforcer les mécanismes de contrôle parlementaire pluraliste, à l’image du droit de tirage reconnu, sous certaines conditions, aux groupes parlementaires minoritaires ou d’opposition en France. La crédibilité de la reddition des comptes repose sur l’impartialité, l’expertise et l’égalité de traitement de tous les responsables publics.
La véritable rupture démocratique ne consiste pas à multiplier les accusations contre les anciens dirigeants, mais à soumettre chaque responsable aux mêmes exigences de contrôle, de justification et de responsabilité. Le Sénégal a besoin d’un Parlement qui recherche la vérité, non d’un Parlement qui transforme la transparence en arme politique. Car le spectacle peut impressionner l’opinion, mais seule la rigueur républicaine, associée au pluralisme médiatique et à l’impartialité institutionnelle, peut consolider l’État de droit et la confiance des citoyens.
Abdoulaye Gallo Diao
Membre du Bureau politique du PS, Secrétaire national adjoint chargé des TIC
Lorsque les accusations prennent le pas sur les preuves, que la médiatisation semble privilégier la confrontation politique et que les exigences d’impartialité sont mises à l’épreuve, la reddition des comptes risque de se transformer en tribunal médiatique. La majorité de Pastef doit comprendre qu’une véritable rupture démocratique ne consiste pas à mettre en accusation les anciens dirigeants, mais à garantir un contrôle impartial et une transparence applicable à tous.
1. Des auditions parlementaires, au risque du tribunal médiatique
La retransmission en direct des auditions peut renforcer la transparence, mais elle risque également de transformer les commissions d’enquête en tribunaux médiatiques, où les personnes mises en cause sont publiquement condamnées avant l’établissement des faits. Une déclaration ne constitue pas une preuve. Il est essentiel de distinguer le soupçon, la responsabilité politique et la culpabilité pénale.
L’audition d’Abdoul Yaya Kane, ancien directeur général de l’Agence de gestion du patrimoine bâti de l’État (AGPBE), devenue par la suite la SOGEPA. SN (Société de gestion et d'exploitation du patrimoine bâti de l'État), illustre cette problématique. Selon les déclarations rapportées, il aurait mis en cause l’ancien procureur Bassirou Guèye au sujet de deux maisons situées au Point E, attribuées dans le cadre d'un bail emphytéotique de 99 ans, avec un loyer mensuel de 100.000 francs CFA pour les deux villas. L’ancien procureur a catégoriquement dénoncé dans la presse un « procès en sorcellerie dont il est victime ».
Ces accusations, qui restent à vérifier, nécessitent des preuves matérielles et un examen contradictoire. Une commission d’enquête sérieuse doit rechercher la vérité, et non se transformer en instrument de règlement de comptes politiques au service du populisme et des mesquineries politiciennes.
2. Pluralisme médiatique et expertise : les conditions d’un contrôle crédible
La transparence exige une couverture médiatique équilibrée. Lorsque la retransmission des auditions semble principalement assurée par des médias considérés comme proches d’Ousmane Sonko et de Pastef, l’équilibre de l’information peut être compromis. La transparence ne saurait être le monopole d’un camp politique, elle suppose le pluralisme, la confrontation des analyses et un accès équitable à l’information.
En outre, les enquêtes portant sur les finances publiques, les marchés publics et les contrats administratifs nécessitent de solides compétences en audit, en comptabilité, en droit et en finances publiques. Sans cette expertise, des opérations complexes risquent d’être réduites à des interprétations partisanes. La majorité parlementaire de Pastef doit donc être jugée sur la rigueur de ses méthodes et la solidité de ses preuves, et non sur l’intensité de ses accusations ou leur impact médiatique.
3. Une reddition des comptes universelle contre la justice sélective
La reddition des comptes doit s’appliquer à tous les responsables publics, sans distinction politique ni considération de période. Elle concerne aussi bien les anciens dirigeants qu’Ousmane Sonko, ses ministres et les directeurs généraux nommés sous la gouvernance de Pastef durant ces deux années de gestion du pouvoir. Aucun responsable ne peut exiger la transparence pour ses prédécesseurs tout en échappant à cette même exigence.
Pour prévenir toute perception de justice sélective, le Sénégal doit renforcer les mécanismes de contrôle parlementaire pluraliste, à l’image du droit de tirage reconnu, sous certaines conditions, aux groupes parlementaires minoritaires ou d’opposition en France. La crédibilité de la reddition des comptes repose sur l’impartialité, l’expertise et l’égalité de traitement de tous les responsables publics.
La véritable rupture démocratique ne consiste pas à multiplier les accusations contre les anciens dirigeants, mais à soumettre chaque responsable aux mêmes exigences de contrôle, de justification et de responsabilité. Le Sénégal a besoin d’un Parlement qui recherche la vérité, non d’un Parlement qui transforme la transparence en arme politique. Car le spectacle peut impressionner l’opinion, mais seule la rigueur républicaine, associée au pluralisme médiatique et à l’impartialité institutionnelle, peut consolider l’État de droit et la confiance des citoyens.
Abdoulaye Gallo Diao
Membre du Bureau politique du PS, Secrétaire national adjoint chargé des TIC

