Des soldats et sous-officiers du Bataillon d’intervention rapide (BIR), basés à Wum dans le Nord-Ouest du Cameroun, ont récemment exprimé leur colère dans une lettre datée du 4 juin, dénonçant la réforme des allocations familiales qu’ils jugent pénalisante. Selon leurs calculs, certains militaires pourraient perdre jusqu’à 54 000 F CFA par mois, une situation qu’ils estiment insoutenable pour leurs ménages. Les signataires alertent sur un risque de démobilisation morale et demandent une compensation salariale ainsi qu’une réévaluation des effets de cette réforme.
Au-delà de cette revendication, le malaise est plus profond et s’inscrit dans une longue série de dénonciations au sein des forces de défense et de sécurité. D'après Jeune Afrique depuis plusieurs années, militaires, gendarmes et policiers évoquent des dysfonctionnements récurrents : primes amputées ou non versées, retards de paiement, ainsi qu’un système marqué par le clientélisme et des abus de pouvoir.
Dans plusieurs témoignages recueillis au fil des ans, des agents décrivent des écarts entre les montants annoncés et les sommes réellement perçues, notamment pour les primes de guerre ou les indemnités de mission. D’autres dénoncent la nécessité de “payer” pour obtenir des avancements ou des affectations, traduisant selon eux une institution où les relations personnelles priment parfois sur le mérite.
Ces tensions surviennent dans un contexte sécuritaire particulièrement lourd, marqué par la lutte contre Boko Haram dans le nord du pays et par la crise armée dans les régions anglophones. Sur ces différents fronts, les forces de sécurité opèrent dans des conditions difficiles, avec des moyens jugés insuffisants par certains acteurs de terrain.
Des voix plus récentes, y compris au sein d’unités d’élite, ont également commencé à dénoncer des retards ou absences de paiement de primes, traduisant un malaise désormais largement partagé. Dans ce contexte, ces révélations mettent en lumière une fragilisation du moral des troupes et posent la question de la gestion des ressources et des conditions de service au sein de l’armée camerounaise.