Assemblée nationale : une dissolution inévitable

Dimanche 1 Novembre 2026

Le bras de fer entre l’exécutif et la majorité parlementaire pourrait déboucher sur une nouvelle dissolution de l’Assemblée nationale. C’est l’analyse développée par le politologue Dr Cheikh Omar Diallo, dans une contribution intitulée « Dissolution inévitable : élire en 2027 l’Assemblée de 2029 ». Pour cet expert en communication et fondateur de l’EAO, le rejet répété du projet de loi de finances rectificative (LFR) 2026 pourrait annoncer une crise institutionnelle plus profonde. Il estime que d’éventuelles élections législatives anticipées en 2027 auraient des conséquences majeures sur la présidentielle de 2029 et les rapports de force politiques au Sénégal.

La crise politique entre le président de la République, Bassirou Diomaye Faye, et la majorité parlementaire dirigée par Ousmane Sonko pourrait connaître un nouveau tournant en 2027. Dans une analyse consacrée aux tensions institutionnelles nées du rejet du projet de loi de finances rectificative 2026, le Dr Cheikh Omar Diallo envisage une dissolution de l’Assemblée nationale comme une possible issue à la confrontation entre les deux pouvoirs.

Pour le politologue, les divergences qui opposent l’exécutif au législatif dépassent désormais les seules questions budgétaires. Elles pourraient avoir des conséquences directes sur la configuration politique du pays à l'approche de l'élection présidentielle de 2029.

« Le rejet du projet de loi de finances rectificative en Commission pose une question qui dépasse les comptes publics : jusqu’où l’exécutif et la majorité parlementaire peuvent-ils poursuivre cette confrontation inédite ? », s'interroge-t-il.

Selon lui, une dissolution suivie d'élections législatives anticipées en 2027 conduirait les Sénégalais à choisir une Assemblée nationale appelée à siéger au-delà de l'élection présidentielle de 2029.

La LFR 2026, révélatrice d'une crise politique plus profonde

Le vendredi 30 octobre, la Commission des finances et du contrôle budgétaire de l'Assemblée nationale a rejeté pour la deuxième fois le projet de loi de finances rectificative 2026, malgré les explications complémentaires fournies par le gouvernement.

Pour Cheikh Omar Diallo, ce désaccord illustre la dégradation des relations entre l'exécutif et la majorité parlementaire.

Toutefois, il considère que le rejet de cette loi de finances rectificative ne constitue pas, à lui seul, une impasse juridique insurmontable.

« Qu'à cela ne tienne, adoptée ou rejetée, la LFR ne pose pas véritablement de soucis juridiques de haute intensité », estime-t-il.

À ses yeux, les difficultés pourraient devenir beaucoup plus sérieuses lors de l'examen du projet de loi de finances initiale pour l'année 2027.

Un éventuel blocage du budget annuel changerait, selon lui, la nature de la confrontation politique en compromettant la capacité du gouvernement à faire adopter ses principales orientations financières.

L'article 68, une arme constitutionnelle pour assurer la continuité budgétaire

Dans son analyse, le fondateur de l'EAO rappelle que la Constitution sénégalaise prévoit des mécanismes permettant d'assurer la continuité financière de l'État en cas de blocage parlementaire.

Il cite notamment l'article 68, qui autorise, sous certaines conditions, la mise en vigueur du projet de loi de finances par décret lorsque celui-ci n'a pas été définitivement voté à l'expiration du délai constitutionnel de soixante jours.

La même disposition prévoit la possibilité de reconduire les services votés si le budget annuel n'a pu entrer en vigueur avant le début de l'exercice financier.

Cheikh Omar Diallo qualifie ce dispositif de « Grosse Bertha » budgétaire, tout en rappelant que son utilisation demeure strictement encadrée par le droit.

Mais pour le politologue, ces mécanismes juridiques ne sauraient résoudre durablement une crise de confiance entre les institutions. « La continuité budgétaire ne résout pas le conflit politique », souligne-t-il.

Vers une deuxième dissolution de l'Assemblée nationale ?

Le politologue estime qu'une confrontation durable entre le gouvernement et la majorité parlementaire pourrait conduire le chef de l'État à envisager une dissolution.« Si la confrontation paralyse durablement l'action publique et si les tentatives de compromis échouent, la dissolution sera inéluctable », affirme-t-il. Il rappelle cependant que cette prérogative présidentielle est soumise aux conditions fixées par l'article 87 de la Constitution.

Cette disposition permet au président de la République de dissoudre l'Assemblée nationale, après avoir recueilli les avis du Premier ministre et du président de l'institution parlementaire.

Elle interdit néanmoins toute dissolution durant les deux premières années de la législature et impose l'organisation de nouvelles élections dans un délai de 60 à 90 jours suivant la publication du décret.

Dans cette perspective, des législatives anticipées en 2027 constitueraient, selon Cheikh Omar Diallo, une nouvelle étape décisive de la recomposition politique sénégalaise.

« Élire en 2027 l'Assemblée de 2029 »

 

L'une des principales thèses développées par le politologue concerne les conséquences d'une dissolution sur la prochaine présidentielle. Il estime qu'une Assemblée élue en 2027, si elle allait au terme de son mandat de cinq ans, resterait en fonction jusqu'en 2032.

Le président élu en 2029 devrait donc gouverner avec une majorité parlementaire constituée deux ans plus tôt. « Dès 2027, les Sénégalais pourraient élire les députés qui soutiendront ou limiteront l'action du Président qu'ils choisiront en 2029 », explique-t-il.

Selon l'expert, cette situation modifierait profondément les calculs politiques des différentes formations, qui seraient amenées à préparer simultanément les élections législatives et la présidentielle. « Le pouvoir de convoquer les électeurs n'est jamais celui de leur dicter une majorité », prévient-il.

Trois scénarios politiques envisagés

Dans sa contribution, Cheikh Omar Diallo présente trois configurations possibles à l'issue d'éventuelles élections législatives anticipées. Le premier scénario serait celui d'une majorité favorable au président Bassirou Diomaye Faye, notamment autour de KIIRAAY. Une telle configuration permettrait au chef de l'État de disposer d'un soutien parlementaire pour faire adopter ses budgets et ses réformes.

Cette majorité pourrait également constituer un appui politique pour une éventuelle candidature du président sortant à sa propre succession en 2029. Le deuxième scénario serait celui d'une victoire parlementaire de Pastef, sous la direction d'Ousmane Sonko.

Dans cette hypothèse, le président de la République devrait composer avec une Assemblée nationale dominée par une force politique qui lui serait opposée. « Il devra composer avec elle, négocier ses priorités et envisager les adaptations gouvernementales nécessaires », analyse Cheikh Omar Diallo.

Pour Pastef, une telle configuration pourrait également renforcer sa position institutionnelle dans la perspective de la présidentielle de 2029, tout en lui imposant de démontrer sa capacité à proposer des solutions politiques. Enfin, le troisième scénario serait celui d'une Assemblée nationale sans majorité absolue.

Dans ce cas, aucune formation ne pourrait gouverner seule et les alliances deviendraient déterminantes. Le politologue évoque alors deux possibilités : la constitution d'une coalition parlementaire stable ou des négociations au cas par cas, selon les textes soumis au vote des députés.

Une dissolution aux conséquences imprévisibles

Cheikh Omar Diallo attire toutefois l'attention sur les risques politiques que comporterait une nouvelle dissolution. Il estime qu'une telle décision pourrait permettre au chef de l'État de retrouver une majorité parlementaire, mais également renforcer ses adversaires ou rendre les compromis encore plus nécessaires. « Préparer une dissolution, c'est prévoir la victoire autant que les conséquences d'une défaite », avertit-il.

Pour le politologue, la décision de renvoyer les députés devant les électeurs ne garantit donc aucunement une issue favorable à celui qui en prendrait l'initiative. « Comment gouverner avec une opposition que les urnes auraient renforcée, alors que l'on comptait sur elles pour l'affaiblir ? », s'interroge-t-il. En définitive, le fondateur de l'EAO considère que la crise actuelle pourrait dépasser le seul cadre des discussions budgétaires pour redéfinir les équilibres institutionnels du Sénégal.

« Dans le premier trimestre 2027, les Sénégalais pourront fixer une partie des conditions du pouvoir de 2029 avant même de choisir celui qui l'exercera. Décisif ! », conclut le Dr Cheikh Omar Diallo.
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