Armée américaine : les femmes et les Noirs, principales cibles de la purge de Pete Hegseth

Samedi 22 Aout 2026

En dix-huit mois, le secrétaire américain de la Défense a limogé plus d'une vingtaine d'officiers supérieurs. Une purge qui frappe notamment les femmes et les Noirs, remplacés par des hommes blancs alignés avec les idées militaristes, virilistes et suprémacistes du nouveau patron du Pentagone.

Randy Gorge, Charles Q. Brown, Lisa Franchetti, David Horne, John Phelan, Shoshana Chatfield… La liste des généraux et des amiraux limogés par Pete Hegseth depuis son arrivée au Pentagone, il y a dix-huit mois, est interminable. Dans un article publié le 26 juillet, le New York Times établissait que le Secrétaire américain à la Défense avait remercié ou écarté plus d'une vingtaine d'officiers supérieurs et qu'il avait également retiré des listes de promotion une quarantaine d'officiers supérieurs sélectionnés par des commissions composées de leurs pairs. 

Une purge orchestrée de façon chaotique comme l'ont révélé les auditions houleuses de Pete Hegseth devant les élus de la Commission des forces armées. Fin avril, celui-ci se montrait incapable de répondre à un membre de la Chambre des représentants qui lui demandait combien de généraux et d’amiraux il avait démis de ses fonctions. "Je ne sais pas, je n'ai pas le chiffre exact", rétorquait Pete Hegseth. "Vous ne savez pas le chiffre exact ? C'est huit", cinglait le représentant démocrate du Massachussetts.



Les femmes sont particulièrement visées par cette purge. Selon le New York Times, Pete Hegseth a empêché, ces derniers mois, de nombreuses promotions de femmes à des postes de haut niveau d’être soumises au Sénat. Ainsi, sur les 201 candidats à des postes de haut rang cette année, huit étaient des femmes, soit 4 % — moins de la moitié du pourcentage moyen des dix dernières années. Conséquence de cette obstruction, le nombre de promotions de femmes à des postes de haut rang dans l'armée n’a jamais été aussi bas depuis au moins vingt-cinq ans.

Fin de la politique de "Diversité, équité et inclusion"
L'administration Trump n’a pas hésité à limoger trois femmes parmi les plus haut gradées de l’armée américaine, non sans salir leur réputation au passage. Linda F. Fagan, commandante de la Garde côtière américaine, a été écartée dans les heures qui ont suivi l’investiture du milliardaire américain. Pour sa part, l'amirale Lisa Franchetti, première femme à avoir accédé au poste de cheffe des opérations navales, le plus haut poste de la Marine, a été limogée en février 2025, après avoir été qualifiée d’"incompétente" par Pete Hegseth dans son livre "War on Warriors: Behind the Betrayal of the Men Who Keep Us Free" ("La Guerre contre les guerriers : les coulisses de la trahison des hommes qui défendent notre liberté"), paru en 2024. Enfin, la vice-amirale Shoshana Chatfield, représentante des États-Unis à l’Otan, a été démise de ses fonctions en avril dernier "en raison d'une perte de confiance dans sa capacité à diriger".

Les hauts gradés noirs américains font également les frais de cette purge. Le cas du contre-amiral Stephen D. Barnett est éloquent. Bien que les plus hauts responsables de la Marine estimaient qu’il était de loin le meilleur choix pour diriger le commandement chargé de superviser les bases de la Marine aux États-Unis et à l’étranger, Pete Hegseth a offert, au printemps, le poste à un officier blanc qui constituait le troisième choix. Une décision qui en a heurté plus d’un dans la Marine, mais finalement peu surprenante : à l’instar d’autres responsables militaires noirs, Stephen D. Barnett avait été encouragé par ses supérieurs à aider la Marine à recruter et à fidéliser des officiers issus des minorités, — qui restent largement sous-représentés au sein des forces armées —, une politique de diversité que Hegseth n’a cessé de combattre.

L’une des premières mesures phares prises par Pete Hegseth a justement été de mettre fin à la politique dite de "Diversité, équité et inclusion" (DEI) dans l’armée américaine, en mai 2025. Depuis, le secrétaire à la Défense fait tomber les têtes de ceux qui osent sortir du rang pour soutenir les promotions d’officiers issus des minorités. En avril, Pete Hegseth a ainsi limogé le chef d’état-major de l’armée de terre, le général Randy George, au motif que ce dernier aurait contesté sa décision de bloquer la promotion de quatre colonels de l’armée de terre — deux hommes noirs et deux femmes — au grade de général de brigade. 

Loyauté envers le chef
Au moment de la parution de son livre "War on Warriors" en 2024, Pete Hegseth, qui n’était alors que présentateur de la chaîne Fox News, avait longuement insisté sur le fait qu’il fallait éliminer les idéologues de gauche qui s’étaient, selon lui, emparés de l’armée. "Nous devons la reconquérir encore plus vite. Nous devons mener un assaut frontal, une contre-attaque rapide, au grand jour", avait-il écrit.     

Pour ce faire, le Secrétaire de la Défense s’est entouré d’hommes alignés avec ses idées militaristes, virilistes et suprémacistes, au terme de processus de recrutement qui posent question. Une enquête du New York Times révèle comment Daryl Caudle, alors à la tête d’un important commandement de formation de la Marine, a proposé, pour obtenir une promotion, d’aider le présentateur de Fox News à se préparer à son audition de confirmation en tant que secrétaire à la Défense face à des sénateurs peu convaincus par son profil. Si Pete Hegseth a décliné l’offre, il n’a pas hésité par la suite à le nommer amiral, à la place de Lisa Franchetti. 



Face aux critiques qui accusent Pete Hegseth d’avoir violé l’éthique militaire de la Marine et d’avoir fait passer la réputation de l’institution apolitique après ses ambitions personnelles, les porte-parole du Pentagone sont restés droits dans leurs bottes, arguant que la promotion de l’amiral Caudle était "strictement" basée sur le mérite.

Voix discordantes
Un processus de recrutement surtout basé sur la loyauté envers le chef qui suscite des inquiétudes parmi les responsables de la Défense. Deux officiers limogés se sont exprimés publiquement au sujet de la purge du Pentagone menée par Hegseth. L’ancienne vice-amirale Nancy Lacore, qui se présente aux élections législatives sous la bannière démocrate en Caroline du Sud, a reproché à Pete Hegseth de consacrer son temps à son image politique et à l'éviction des dirigeants expérimentés plutôt qu’à l’élaboration d’une véritable stratégie de sécurité nationale. Pour sa part, Charles Q. Brown, ancien président du Comité des chefs d’état-major, a publié une tribune dans la revue Foreign Affairs pour dénoncer l'envoi de l'armée dans les villes américaines pour des "missions politiquement controversées", telles que la lutte contre la criminalité, qui risqueraient de compromettre son rôle traditionnellement apolitique et de la détourner de sa mission de combat. 

Parmi les militaires américains mis à la retraite, les voix discordantes sont de plus en plus nombreuses à se faire entendre. Selon deux autres officiers poussés à la démission, interrogés par MS Now sous couvert d’anonymat, le secrétaire à la Défense se débarrasse de tous ceux qui osent remettre en question ses idées et ses ordres. Pete Hegseth "est intimidé par les personnes qui ont une véritable expérience du combat et qui ne se contentent pas de parler de l’éthique du guerrier", a déclaré l’un des deux anciens officiers, ajoutant : "Je pense qu’il ne supporte tout simplement pas d’être entouré de gens qui le prennent à partie quand il raconte n’importe quoi." 

Un processus de promotion militaire au Pentagone qui s'écarte de la tradition, rendant l'institution vulnérable à la politisation et au favoritisme, mais conforme au management de l’administration Donald Trump, abonnée aux limogeages en série et aux démissions en cascade. 
 France 24
Dans la même rubrique :