Arabie saoudite : Muhammad Saad Al-Beshi, le bourreau qui suscite la colère des africains

Samedi 24 Octobre 2026

Le nom de Muhammad Saad Al-Beshi, présenté depuis plus de deux décennies comme l'un des principaux bourreaux d'Arabie saoudite, refait surface sur les réseaux sociaux. À la suite de l'exécution rapportée d'un couple originaire du Bangladesh, plusieurs internautes africains dénoncent le rôle confié à cet homme et s'interrogent sur la place des populations noires dans la société saoudienne. Derrière cette polémique se dessine le portrait d'un exécuteur judiciaire qui, en 2003, racontait sans détour son quotidien au service de la justice du royaume.


L'exécution rapportée d'un couple de ressortissants bangladais en Arabie saoudite a suscité une vague de réactions sur les réseaux sociaux. Au cœur des discussions figure Muhammad Saad Al-Beshi, un homme dont le nom est associé depuis plusieurs années aux décapitations judiciaires pratiquées dans le royaume.

Plusieurs publications lui attribuent l'exécution du couple. Toutefois, aucun élément indépendant présenté à ce stade ne permet de confirmer qu'il a personnellement procédé à cette mise à mort.

Au-delà de cette interrogation, la polémique prend une dimension raciale. Certains internautes dénoncent ce qu'ils considèrent comme une instrumentalisation des populations noires, auxquelles seraient confiées les tâches les plus dégradantes.

« La sale besogne lui est réservée »

Parmi les voix qui se sont exprimées figure Sansan Kambou, particulièrement critique envers les autorités saoudiennes. « En Arabie Saoudite, c'est à un noir que le gouvernement a confié les missions d'exécution des condamnés à mort. La sale besogne lui est réservée », écrit-il.

Il poursuit : « Muhammad Saad al-Beshi est la tristement célèbre main fatale du Royaume. » Dans une formule encore plus sévère, l'internaute affirme : « Le noir ne peut avoir mieux en Arabie. »

Ces propos, qui traduisent une indignation face à ce qu'il perçoit comme une discrimination raciale, ne permettent toutefois pas d'établir que les autorités saoudiennes réservent les fonctions d'exécuteur aux personnes noires. De son côté, Nicole Soleil décrit le bourreau en des termes particulièrement accusateurs.

« Mouhammad Saad Al-Bashi est le bourreau exécuteur en Arabie Saoudite. Il est la main qui coupe les têtes, celui qui arrache les vies », écrit-elle.

« Il faut vite sauver les enfants de Muhammad Saad Al-Beshi »

Athanase Namano va plus loin en soulevant la question de la transmission de cette fonction au sein de la famille du bourreau. « Arabie Saoudite : Il faut vite sauver les enfants de Muhammad Saad al-Beshi, le bourreau noir de l'Arabie Saoudite », lance-t-il. L'internaute soutient que l'homme aurait hérité de cette fonction et que ses enfants risqueraient de suivre le même chemin. « C'est pourquoi, un vrai panafricaniste doit penser aux enfants de ce bourreau. Ces enfants ne doivent pas avoir pour destin d'être bourreau comme leur père qui n'avait pas eu le choix », affirme-t-il. Il appelle également les autorités saoudiennes à davantage de considération envers les populations noires.


Dans une autre publication, l'intéressé est présenté comme un homme noir originaire d'une communauté d'Afrique de l'Ouest. Cette origine, largement évoquée dans les commentaires, n'est cependant pas établie par les informations biographiques disponibles. De même, rien ne permet de confirmer l'affirmation selon laquelle Al-Beshi aurait été contraint d'exercer cette fonction faute d'autre choix.

Un homme qui pouvait procéder à plusieurs décapitations par jour

Bien avant cette polémique, Muhammad Saad Al-Beshi avait fait parler de lui dans la presse internationale. Le 16 juin 2003, le quotidien français Le Monde lui consacrait un article intitulé « La vie sans histoires du bourreau en chef du royaume saoudien ». Reprenant un entretien accordé à la presse locale et relayé par Arab News, le journal dressait le portrait d'un homme alors âgé de 42 ans, capable, selon ses propres déclarations, de procéder à un nombre particulièrement élevé de décapitations au cours d'une même journée.

Sa carrière d'exécuteur judiciaire aurait débuté en 1998. Dans cet entretien, Al-Beshi racontait sa première exécution, évoquant la nervosité ressentie devant le public. Mais cette appréhension aurait rapidement disparu.

Avec les années, il disait avoir acquis une expérience qui lui permettait d'exécuter les condamnations sans hésitation. Outre les décapitations, il était également chargé d'appliquer certaines peines corporelles, notamment des amputations ordonnées par les tribunaux.

Un père de famille qui affirmait dormir tranquillement

L'un des passages les plus troublants de son témoignage concernait sa vie familiale. Malgré la violence de sa fonction, Muhammad Saad Al-Beshi affirmait mener une existence ordinaire et dormir paisiblement. Il se présentait comme un père et un grand-père affectueux, capable de séparer son activité professionnelle de sa vie privée.

Plus surprenant encore, il expliquait que certains membres de sa famille l'aidaient à nettoyer son sabre après les exécutions. Pour lui, son travail ne constituait pas une source de culpabilité. Il le considérait comme l'accomplissement d'un devoir religieux et judiciaire. Cette manière de présenter les exécutions comme une activité ordinaire avait particulièrement frappé les observateurs.

Son fils parmi les futurs bourreaux du royaume

Le témoignage de 2003 apporte également un éclairage sur les inquiétudes exprimées aujourd'hui par certains internautes concernant les enfants d'Al-Beshi.

À l'époque, il expliquait participer à la formation de nouveaux exécuteurs judiciaires. Parmi eux figurait son fils Musaed, alors âgé de 22 ans. Cette information donne un fondement historique aux discussions sur la transmission familiale de la fonction. Elle ne permet cependant pas d'affirmer que tous ses enfants ont été destinés à devenir bourreaux, ni qu'ils auraient été contraints de suivre cette voie. Contrairement à certaines affirmations relayées sur les réseaux sociaux, Al-Beshi présentait lui-même son activité comme un service qu'il accomplissait avec conviction.



À travers Muhammad Saad Al-Beshi, les réactions des internautes africains soulèvent plusieurs questions : celle de la peine de mort, celle des discriminations raciales et celle de la place des personnes d'ascendance africaine dans les sociétés du Golfe.

Cependant, les critiques visant les autorités saoudiennes doivent être distinguées des généralisations visant l'ensemble des populations arabes.

Les accusations selon lesquelles les personnes noires seraient systématiquement cantonnées aux tâches les plus dégradantes nécessitent des éléments documentés et ne peuvent être établies à partir du seul parcours d'un exécuteur judiciaire.

De même, la participation personnelle de Muhammad Saad Al-Beshi à l'exécution du couple bangladais reste à confirmer. Plus de vingt ans après son entretien avec la presse, son nom continue néanmoins de provoquer de fortes réactions.

Entre les récits glaçants de ses anciennes exécutions, la formation de son fils et les accusations de discrimination raciale qui circulent aujourd'hui, Muhammad Saad Al-Beshi demeure une figure controversée de la justice saoudienne. Une polémique qui rappelle surtout que, derrière le visage d'un bourreau, se pose une question plus fondamentale : celle du recours à la peine de mort et de la responsabilité des États qui la pratiquent.
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