Aminata Touré : « La reddition des comptes ne veut pas dire règlement de comptes. »

Mercredi 3 Juin 2026

La composition du nouveau gouvernement dirigé par le Premier ministre Al Aminou Mohamed Lo continue de susciter commentaires et interrogations dans le paysage politique sénégalais. Alors que l'absence des principaux responsables de Pastef alimente les spéculations sur une rupture entre le président Bassirou Diomaye Faye et Ousmane Sonko, Aminata Touré assure que les engagements du pouvoir en matière de gouvernance, de transparence et de justice demeurent intacts.



Invitée de RFI, la superviseure générale de la coalition Diomaye Président a été interrogée sur les divergences supposées entre le chef de l'État et le président de l'Assemblée nationale, notamment sur la question sensible de la reddition des comptes.

Pour l'ancienne ministre de la Justice, la mise en place du nouveau gouvernement ne signifie nullement un abandon des promesses faites aux Sénégalais en matière de lutte contre l'impunité. « Le président Bassirou Diomaye Faye est plus que jamais pour la reddition des comptes, mais pas pour le règlement des comptes », a-t-elle déclaré.

Aminata Touré a tenu à établir une distinction claire entre la recherche de responsabilités dans la gestion des affaires publiques et toute tentative d'instrumentalisation de la justice à des fins politiques. « Reddition des comptes ne veut pas dire règlement des comptes. C'est deux choses différentes », a-t-elle insisté, rappelant son expérience à la tête du ministère de la Justice.

Selon elle, la justice doit agir en toute indépendance et ne peut condamner un individu sur la seule base d'antagonismes politiques. « Vous pouvez avoir un adversaire politique que vous n'aimez pas, que vous aimeriez voir disparaître de la scène politique. Cela ne suffit pas pour que le juge condamne cette personne », a-t-elle souligné.

Interrogée sur la question de la dette publique, sujet sur lequel Ousmane Sonko avait exprimé des réserves concernant une éventuelle restructuration avec le Fonds monétaire international, Aminata Touré a adopté une approche pragmatique.

Elle estime que le débat ne doit pas être idéologique mais fondé sur les réalités économiques du pays. Selon elle, le Sénégal doit trouver les mécanismes les plus adaptés pour assurer la soutenabilité de sa dette tout en préservant les acquis sociaux.

« Il faudra discuter avec les partenaires pour avoir une stratégie soutenable pour le pays et pour les populations », a-t-elle expliqué, tout en mettant en garde contre les conséquences des politiques d'ajustement structurel qui avaient marqué les années 1980.

La superviseure générale de la coalition présidentielle a également rejeté l'idée selon laquelle le refus de Pastef de participer au gouvernement constituerait une stratégie visant à affaiblir l'action de Bassirou Diomaye Faye en vue de l'élection présidentielle de 2029.

À ses yeux, les ambitions présidentielles sont légitimes dans une démocratie, mais elles ne doivent pas prendre le pas sur les préoccupations immédiates des citoyens. « Les Sénégalais n'ont pas envie de s'engager dans une campagne électorale de trois ans », a-t-elle affirmé.

Aminata Touré a appelé l'ensemble des acteurs politiques à privilégier les intérêts du pays et les attentes des populations plutôt que les calculs électoraux. « Ce que les Sénégalais veulent maintenant, c'est qu'on se penche résolument sur la résolution des nombreux problèmes auxquels ils font face », a-t-elle déclaré.
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