Revenant sur les audits annoncés en 2024 dans plusieurs entreprises publiques et parapubliques, Tahirou Ndiaye explique avoir interpellé les autorités depuis Bamako, où il travaillait alors dans son cabinet. « En 2024, depuis le Mali où je travaillais dans mon cabinet, j’ai appris que le gouvernement avait lancé des audits concernant des sociétés publiques et semi-publiques. Sur les 70 sociétés concernées, j’ai vu Air Sénégal et j’ai entendu que la compagnie serait auditée par l’Inspection générale d’État (IGE) », raconte-t-il.
Estimant que la période annoncée pour l’audit ne permettrait pas de saisir l'origine des difficultés de la compagnie, l’ancien PCA de l’AIBD dit avoir adressé une lettre au ministre concerné. « Depuis Bamako, j’ai pris mon stylo et j’ai écrit une lettre au ministre. Je lui ai dit : si vous démarrez l’audit à partir de 2021 jusqu’en 2024, vous aurez tout faux », affirme-t-il.
Pour Tahirou Ndiaye, il faut revenir aux premières années d’activité d’Air Sénégal et particulièrement aux décisions relatives à l’acquisition de sa flotte. « Le vrai problème d’Air Sénégal vient, en réalité, des avions qu’on a achetés. Il s’agit de deux Airbus et de deux ATR. Ils ont été achetés en 2018 et 2019. Cet endettement de plus de 300 milliards de FCFA a cloué Air Sénégal jusqu’à ce jour », soutient-il. Il poursuit : « J’ai dit au ministre que s’il démarrait son audit en 2021 en oubliant 2018, il n’allait rien voir. »
« J’avais fustigé cet endettement massif »
Tahirou Ndiaye assure avoir alerté très tôt sur la stratégie financière adoptée au démarrage de la compagnie. « Dans les conférences, à l’époque, j’avais fustigé l’endettement massif alors que cette compagnie n’avait même pas commencé à faire des vols. Tu n’as pas d’argent et tu commences à faire des prêts pour acheter des avions neufs. Plus de 300 milliards de FCFA d’endettement alors que vous êtes une start-up », explique-t-il. Selon lui, cette situation aurait entraîné d'importantes sorties d'argent public au fil des années. Il affirme : « Depuis 2018, l’argent des Sénégalais sortait du Trésor public pour payer les dettes de ces avions. Plus de 100 milliards de FCFA ont été décaissés. Aujourd’hui, on ne peut plus payer et les partenaires ont récupéré ces avions. On a perdu les 100 milliards et les avions ne nous appartiennent plus. Voilà la situation qui prévaut à Air Sénégal. » Ces montants et circonstances sont présentés par Tahirou Ndiaye dans son récit et nécessiteraient d’être confrontés aux contrats de financement, aux comptes de la compagnie et aux conclusions des audits concernés.
« Une nouvelle compagnie doit commencer par louer des avions »
Pour étayer son argumentaire, l’ancien responsable de l’AIBD cite son expérience dans le secteur aérien au Mali. Selon lui, une jeune compagnie devrait privilégier la location avant d'envisager l'acquisition de sa propre flotte. « Quand on est une nouvelle compagnie, on n’achète pas des avions, on les loue. J’ai assisté à la création de la compagnie aérienne SKY du Mali. J'étais là-bas depuis 2009 et nous avons démarré en 2010. J’étais le directeur commercial. Nous avons commencé avec trois avions loués pendant trois ans », relate-t-il.
Il ajoute : « Depuis 2014, on a commencé à acheter. Aujourd’hui, la compagnie a 17 appareils qui lui appartiennent, avec un bénéfice de plus de 2 milliards de FCFA. »
Tahirou Ndiaye affirme également qu’un cabinet d’audit américain avait recommandé aux autorités sénégalaises de privilégier la location au lancement d’Air Sénégal. « Un cabinet d’audit américain qu’on avait payé 2 milliards de FCFA avait recommandé aux autorités sénégalaises de démarrer la compagnie en 2018 avec la location des avions, avec d’autres détails techniques pour assurer sa bonne marche, avant de prétendre acheter des appareils », déclare-t-il.
Philippe Bohn également mis en cause
Estimant que la période annoncée pour l’audit ne permettrait pas de saisir l'origine des difficultés de la compagnie, l’ancien PCA de l’AIBD dit avoir adressé une lettre au ministre concerné. « Depuis Bamako, j’ai pris mon stylo et j’ai écrit une lettre au ministre. Je lui ai dit : si vous démarrez l’audit à partir de 2021 jusqu’en 2024, vous aurez tout faux », affirme-t-il.
Pour Tahirou Ndiaye, il faut revenir aux premières années d’activité d’Air Sénégal et particulièrement aux décisions relatives à l’acquisition de sa flotte. « Le vrai problème d’Air Sénégal vient, en réalité, des avions qu’on a achetés. Il s’agit de deux Airbus et de deux ATR. Ils ont été achetés en 2018 et 2019. Cet endettement de plus de 300 milliards de FCFA a cloué Air Sénégal jusqu’à ce jour », soutient-il. Il poursuit : « J’ai dit au ministre que s’il démarrait son audit en 2021 en oubliant 2018, il n’allait rien voir. »
« J’avais fustigé cet endettement massif »
Tahirou Ndiaye assure avoir alerté très tôt sur la stratégie financière adoptée au démarrage de la compagnie. « Dans les conférences, à l’époque, j’avais fustigé l’endettement massif alors que cette compagnie n’avait même pas commencé à faire des vols. Tu n’as pas d’argent et tu commences à faire des prêts pour acheter des avions neufs. Plus de 300 milliards de FCFA d’endettement alors que vous êtes une start-up », explique-t-il. Selon lui, cette situation aurait entraîné d'importantes sorties d'argent public au fil des années. Il affirme : « Depuis 2018, l’argent des Sénégalais sortait du Trésor public pour payer les dettes de ces avions. Plus de 100 milliards de FCFA ont été décaissés. Aujourd’hui, on ne peut plus payer et les partenaires ont récupéré ces avions. On a perdu les 100 milliards et les avions ne nous appartiennent plus. Voilà la situation qui prévaut à Air Sénégal. » Ces montants et circonstances sont présentés par Tahirou Ndiaye dans son récit et nécessiteraient d’être confrontés aux contrats de financement, aux comptes de la compagnie et aux conclusions des audits concernés.
« Une nouvelle compagnie doit commencer par louer des avions »
Pour étayer son argumentaire, l’ancien responsable de l’AIBD cite son expérience dans le secteur aérien au Mali. Selon lui, une jeune compagnie devrait privilégier la location avant d'envisager l'acquisition de sa propre flotte. « Quand on est une nouvelle compagnie, on n’achète pas des avions, on les loue. J’ai assisté à la création de la compagnie aérienne SKY du Mali. J'étais là-bas depuis 2009 et nous avons démarré en 2010. J’étais le directeur commercial. Nous avons commencé avec trois avions loués pendant trois ans », relate-t-il.
Il ajoute : « Depuis 2014, on a commencé à acheter. Aujourd’hui, la compagnie a 17 appareils qui lui appartiennent, avec un bénéfice de plus de 2 milliards de FCFA. »
Tahirou Ndiaye affirme également qu’un cabinet d’audit américain avait recommandé aux autorités sénégalaises de privilégier la location au lancement d’Air Sénégal. « Un cabinet d’audit américain qu’on avait payé 2 milliards de FCFA avait recommandé aux autorités sénégalaises de démarrer la compagnie en 2018 avec la location des avions, avec d’autres détails techniques pour assurer sa bonne marche, avant de prétendre acheter des appareils », déclare-t-il.
Philippe Bohn également mis en cause
L’ancien PCA de l’AIBD met enfin en cause les orientations prises sous le premier directeur général d’Air Sénégal, Philippe Bohn. Il établit notamment un lien entre le parcours professionnel antérieur de ce dernier et la politique d’acquisition d’Airbus. « Depuis l’arrivée du premier directeur général d’Air Sénégal, Philippe Bohn, les choses ont changé négativement. Avant d’être nommé, Philippe Bohn était vice-président d’Airbus à Toulouse. Sa mission était de vendre des Airbus », avance Tahirou Ndiaye.
Il poursuit : « Quand il est arrivé, son objectif était que l’État du Sénégal sorte de l’argent et que ces sommes soient envoyées à Airbus, alors qu’il savait très bien que cette démarche n’était pas productive. » Pour Tahirou Ndiaye, une analyse complète de la situation de la compagnie nationale doit donc remonter à sa phase de démarrage et examiner les choix de financement et d’acquisition de la flotte effectués à partir de 2018.
Tahirou Ndiaye chiffre les pertes d’Air Sénégal à près de 261 milliards FCFA depuis 2018
Tahirou Ndiaye, ancien président du Conseil d’administration de l’AIBD, a également livré des chiffres sur les pertes qu’aurait enregistrées Air Sénégal depuis le démarrage de ses activités en 2018. Selon les données qu’il avance, la compagnie nationale aurait accumulé près de 261 milliards de FCFA de pertes entre 2018 et 2024.
« Depuis son démarrage en 2018, Air Sénégal a perdu 16 milliards de FCFA. En 2019, la perte était de 22 milliards, en 2020 de 23 milliards et en 2021 de 20 milliards. En 2022, elle est montée à 80 milliards de FCFA. En 2023, c’était plus de 50 milliards et, en 2024, encore plus de 50 milliards de FCFA », affirme Tahirou Ndiaye.
Sur la base de ces montants, les pertes atteindraient au minimum 261 milliards de FCFA, puisque les chiffres avancés pour 2023 et 2024 sont présentés comme supérieurs à 50 milliards chacun.
Pour l’expert du secteur aérien, cette succession de déficits illustre l’ampleur des difficultés financières auxquelles la compagnie nationale est confrontée. Ces chiffres, avancés par Tahirou Ndiaye, gagneraient toutefois à être rapprochés des états financiers et des rapports d’audit d’Air Sénégal pour déterminer précisément le niveau des pertes enregistrées année après année.
Dans ce contexte, l’ancien PCA de l’AIBD maintient sa recommandation : assainir la compagnie, revoir certains choix de gestion et examiner les décisions prises depuis son lancement en 2018, tout en reconnaissant les efforts actuellement déployés pour remettre Air Sénégal sur une trajectoire plus favorable
« La nouvelle direction fait des efforts »
Malgré ses critiques sur les choix effectués lors du lancement d’Air Sénégal, Tahirou Ndiaye reconnaît les efforts entrepris par l’actuelle direction pour tenter de redresser la compagnie nationale. À ses yeux, les difficultés actuelles trouvent en grande partie leurs origines dans des décisions antérieures et ne peuvent donc être imputées uniquement aux responsables aujourd’hui aux commandes.
« Il faut reconnaître que la nouvelle direction fait tous les efforts nécessaires pour remettre Air Sénégal sur la bonne voie. Mais elle a hérité d’une situation qui est extrêmement difficile », souligne M. Ndiaye.
Pour l’expert, le redressement de la compagnie doit désormais passer par un profond travail d’assainissement, accompagné d’une révision de certains choix de gestion et du modèle économique.
« Il faut assainir la compagnie et revoir un certain nombre de choses. Il faut corriger ce qui doit l’être pour permettre à Air Sénégal de repartir sur de bonnes bases », recommande-t-il.
« Il faut reconnaître que la nouvelle direction fait tous les efforts nécessaires pour remettre Air Sénégal sur la bonne voie. Mais elle a hérité d’une situation qui est extrêmement difficile », souligne M. Ndiaye.
Pour l’expert, le redressement de la compagnie doit désormais passer par un profond travail d’assainissement, accompagné d’une révision de certains choix de gestion et du modèle économique.
« Il faut assainir la compagnie et revoir un certain nombre de choses. Il faut corriger ce qui doit l’être pour permettre à Air Sénégal de repartir sur de bonnes bases », recommande-t-il.