Aide à la presse : les conditions imposées par le gouvernement font fuir les médias

Lundi 31 Aout 2026

Depuis l’avènement du régime Diomaye-Sonko, la presse fait face à ce que de nombreux acteurs du secteur considèrent comme une répression économique sans commune mesure. Même pour accéder aux fonds destinés à soutenir les organes de presse reconnus par le nouveau régime, c’est la croix et la bannière.


Après deux années de méli-mélo, c’est seulement cette année que certains organes de presse ont difficilement obtenu l’aide à la presse, laissant plusieurs autres en rade. En cause, notamment, le filtre mis en place, qui ne permettrait pas à de nombreuses entreprises de presse de remplir toutes les conditions exigées. Le Conseil de gestion du Fonds d’Appui et de Développement de la Presse (FADP) alerte d’ailleurs sur le faible niveau de dépôt des dossiers de demande d’aide à la presse. Alors que la procédure, ouverte depuis le 29 juillet 2026, entre dans une phase décisive, plusieurs catégories de médias ne se sont toujours pas manifestées.

Selon les informations recueillies par Exclusif.net, il ne s’agirait cependant pas simplement d’un retard. Plusieurs responsables d’organes de presse contactés par notre rédaction affirment ne pas être en mesure de remplir l’ensemble des conditions exigées. Parmi les documents qui poseraient le plus de difficultés figurent notamment le quitus fiscal et les justificatifs de cotisations à l’IPRES.

En effet, depuis plusieurs années, la presse sénégalaise traverse une précarité sans précédent. Une situation que l’ancien régime de l'APR avait tenté de prendre en compte en permettant aux organes de déposer leurs dossiers en fonction des documents dont ils disposaient, l’aide accordée étant alors modulée selon les conditions remplies. Avec le nouveau régime, l’approche a changé. Les autorités ont décidé de durcir les critères d’éligibilité, alors même que le secteur médiatique traverse de profondes difficultés économiques.

Dans un communiqué publié ce lundi 31 août, le FADP constate qu’à deux semaines de la date limite, le nombre de dossiers enregistrés demeure faible, malgré une mobilisation plus importante du côté des radios communautaires et associatives. « À deux semaines de la clôture, on note un faible nombre de dépôts. Bien que la mobilisation soit particulièrement forte auprès des radios communautaires et associatives, le Conseil constate une affluence limitée dans les dépôts concernant les autres catégories de médias (presse écrite, presse en ligne, télévisions et radios commerciales) », indique le communiqué. Face à cette situation, le Conseil de gestion invite les entreprises concernées à accélérer leurs démarches afin de ne pas dépasser le délai fixé.

96 radios communautaires contre zéro dossier pour la presse écrite

Les chiffres communiqués par le FADP montrent un important déséquilibre entre les différentes catégories de médias. « À ce jour, les dépôts enregistrés concernent quatre-vingt-seize (96) radios communautaires, neuf (09) organes de presse en ligne, deux (02) radios commerciales, zéro (0) pour les télévisions et zéro (0) pour la presse écrite », précise le Conseil. Ainsi, aucun dossier émanant d’une télévision ou d’un organe de presse écrite n’avait encore été enregistré à la date du communiqué. Le FADP rappelle que l’objectif est de permettre aux différents acteurs du paysage médiatique sénégalais d’accéder, dans des conditions équitables, aux mécanismes publics de soutien à la presse.

Date limite fixée au 15 septembre

Le Conseil de gestion rappelle aux entreprises de presse que le processus reste ouvert jusqu’au 15 septembre 2026, aussi bien sur la plateforme de soumission que pour les dépôts physiques. « Le Conseil rappelle à l’ensemble des entreprises de presse que la plateforme de soumission reste ouverte ainsi que les dépôts physiques jusqu’au 15/09/2026 », souligne le communiqué. Le FADP réaffirme, par ailleurs, son engagement à accompagner « le développement, la modernisation et la résilience de l’ensemble des acteurs de la presse nationale ».

Une assistance technique est également mise à la disposition des entreprises afin de les accompagner dans la constitution et la finalisation de leurs dossiers avant la clôture des dépôts. Mais la réalité relevée par plusieurs acteurs du secteur est tout autre. Si les radios communautaires ont massivement déposé leurs dossiers, c’est aussi parce que les conditions qui leur sont imposées seraient moins contraignantes. En revanche, pour une partie de la presse écrite, des médias en ligne et des télévisions, certaines exigences administratives constituent un véritable obstacle.

Pour ces acteurs, le nouveau régime aurait ainsi mis la charrue avant les bœufs : avant d’imposer des critères aussi stricts à des entreprises déjà fragilisées depuis 2010, il aurait fallu mettre en place une politique d’accompagnement permettant aux organes de presse de se formaliser progressivement et de régulariser leur situation.

Sous l’ancien ministre de la Communication, Alioune Sall, plusieurs patrons de presse avaient déjà dénoncé une démarche qu’ils considéraient davantage comme une politique d’élimination que d’encadrement du secteur. Ce climat de défiance et les difficultés économiques persistantes ont poussé certains responsables de médias à fermer leurs entreprises, tandis que d’autres ont préféré ne pas solliciter les mécanismes d’aide proposés par le gouvernement. Voilà la vérité des faits.
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