Affaire du siège du MFDC : des personnes présentées comme « rebelles », puis libérées… les dangers des accusations hâtives

Jeudi 29 Octobre 2026

L’opération menée par  la gendarmerie au siège de Mangoukouro, dans le quartier Soucoupapaye à Ziguinchor, continue de susciter des interrogations. Sur les 28 personnes interpellées lors d’une commémoration de l’assassinat d’Abdou Elinkine Diatta, 26 ont finalement été libérées.



Quelques minutes après l’annonce des 28 interpellations, les réactions se sont multipliées sur les réseaux sociaux. Sans attendre les conclusions des investigations, certains internautes ont présenté toutes les personnes arrêtées comme des rebelles du Mouvement des forces démocratiques de la Casamance (MFDC). D’autres ont tenté d’établir un lien entre cette opération et de supposées manœuvres politiques, sans apporter d’éléments permettant d’étayer leurs accusations.

Pourtant, la réalité de ce lieu est plus complexe. Mangoukouro est connu depuis plusieurs décennies comme un espace fréquenté par des sympathisants de l’aile politique du MFDC, notamment d’anciens compagnons de l’abbé Augustin Diamacoune Senghor, figure historique du mouvement indépendantiste.

Le site a notamment été associé aux activités d’Abdou Elinkine Diatta, assassiné en octobre 2019 dans son village. Depuis son retrait du maquis, ce dernier avait poursuivi ses activités politiques à Ziguinchor, avec des positions parfois en décalage avec les aspirations à une paix définitive exprimées par une grande partie de la population casamançaise.

Pour certains observateurs locaux, les habitués de Mangoukouro apparaissaient davantage comme les nostalgiques d'une période révolue que comme des acteurs engagés dans la lutte armée.

Des personnes arrêtées qui contestent toute implication

Parmi les personnes interpellées, certaines auraient affirmé n'entretenir aucun lien avec les activités du MFDC et s'être simplement retrouvées au mauvais endroit au mauvais moment. D'autres auraient expliqué leur présence par des relations de voisinage ou par leur volonté de participer à la commémoration d'Abdou Elinkine Diatta.

Selon les témoignages rapportés, certaines personnes mises en cause envisageraient même de saisir la justice après la diffusion de leurs images sur les réseaux sociaux, estimant avoir été injustement présentées comme des rebelles. La libération des 28 personnes interpellées constitue un élément important dans cette affaire. Elle ne suffit pas à établir le statut politique de chacune, mais rappelle la nécessité de respecter la présomption d'innocence et d'éviter les accusations collectives.

Autre paradoxe : selon des témoignages locaux, plusieurs habitués de ce siège seraient eux-mêmes menacés par des membres de factions armées du MFDC, qui leur reprocheraient de parler au nom du mouvement ou d'entretenir des relations avec l'État sénégalais. La preuve apres l'assassinat d'Abdou Elinkine DIATTA  ont préféré rester dans la commune de Ziguinchor.

Pourquoi Diouf, Wade et Macky Sall n'avaient-ils pas fermé ce siège ?

C'est l'une des interrogations majeures soulevées par cette opération. Mangoukouro ne date pas d'hier. Son histoire s'inscrit dans plusieurs décennies de conflit et de tentatives de dialogue entre l'État et différentes sensibilités du MFDC. Pourquoi les régimes d'Abdou Diouf, d'Abdoulaye Wade et de Macky Sall n'avaient-ils pas procédé à son démantèlement ?

La question mérite d'autant plus d'être posée que les présidences de Diouf et de Macky Sall ont été marquées par des opérations militaires contre la rébellion.

Abdoulaye Wade, pour sa part, connaissait particulièrement bien le dossier casamançais. Avant son accession au pouvoir en 2000, il avait participé, en tant qu'opposant, à plusieurs initiatives politiques liées à la recherche de la paix. Certains anciens militants fréquentant Mangoukouro auraient d'ailleurs entretenu des échanges avec lui dans ce cadre. L'absence de fermeture sous ces différentes présidences ne permet toutefois pas, à elle seule, de déterminer les raisons de cette situation.

Éviter de ternir davantage l'image de la Casamance

Il serait également difficile d'ignorer la présence du drapeau du MFDC dans cette concession. Son exposition dans un lieu public ou accessible à des rassemblements pose des questions légitimes au regard de la souveraineté nationale et du respect des lois de la République. Mais si ce drapeau était visible depuis de nombreuses années, pourquoi les autorités administratives successives ne sont-elles pas intervenues plus tôt ?

Un arrêté préfectoral ordonnant la fermeture du siège ou l'interdiction des activités litigieuses aurait-il suffi à régler la situation, sans provoquer une opération aussi médiatisée ? Ces interrogations n'enlèvent rien aux prérogatives des forces de défense et de sécurité. Elles invitent simplement à réfléchir à la proportionnalité des moyens employés et à leurs conséquences dans une région encore marquée par les blessures du conflit.

L'opération de Mangoukouro intervient au moment où la Casamance cherche à consolider la paix et à renforcer son attractivité économique et touristique. La médiatisation des arrestations, suivie de la libération de la quasi-totalité des personnes interpellées, risque de donner une visibilité nouvelle à des acteurs. Elle peut également entretenir, dans l'opinion nationale et internationale, l'image d'une région constamment associée aux tensions sécuritaires, alors que les populations aspirent avant tout à la paix, aux investissements et à l'emploi.

Il ne s'agit ni de défendre le MFDC ni de cautionner des actes contraires aux lois de la République. Il s'agit de rappeler que la recherche de la paix exige du discernement, une connaissance de l'histoire du conflit et une distinction claire entre les acteurs politiques, les sympathisants et les combattants armés. La Casamance a davantage besoin de stabilité, de réconciliation et de développement que de nouvelles polémiques susceptibles de raviver les divisions.

La libération de toutes les personnes interpellées témoigne du professionnalisme de nos Forces de défense et de sécurité (FDS). Elles connaissent bien ces individus, leurs activités ainsi que leurs déplacements dans la région.Dans cette affaire, la fermeté de l'État doit pouvoir s'accompagner de mesure, de pédagogie...


Par exclusif.net/ Khalil DIEME
 
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