Affaire Kemi Seba : la justice sud-africaine temporise

Mercredi 22 Avril 2026

L’influenceur anti-occidental, Kemi Seba, a comparu lundi 20 avril devant la Cour de Pretoria. L’audience a été reportée au 29 avril, le parquet souhaitant plus de temps pour étudier la demande de libération sous caution. Kemi Seba, son fils et un troisième co-accusé sont donc retournés en détention provisoire.

Le parquet a besoin de plus de temps pour vérifier l’adresse de Kemi Seba dans le pays, ainsi que la véracité de son passeport diplomatique nigérien, explique la procureure. La défense répond immédiatement qu’elle a des preuves entre ses mains, notamment un document officiel de l’ambassade du Niger. Mais rien n’y a fait, l’audience a été reportée.


Nous sommes en revanche en mesure de confirmer que la troisième personne, présente aux côtés de Kemi Seba et de son fils sur le banc des accusés, est bien le suprémaciste blanc François Van de Merwe. Responsable d’un groupuscule d'extrême droite identitaire Afrikaner, il est accusé d’avoir aidé Kemi Seba dans son projet de rejoindre illégalement le Zimbabwe, selon la police sud-africaine.

Pour régler cette question d’immigration illégale, motif officiel de l’arrestation, l’avocat de Kemi Seba nous confirme qu’une procédure pour obtenir le statut de réfugié politique est en cours, ce qui permettrait à Kemi Seba de rester en Afrique du Sud légalement.

Un membre de l’ambassade du Bénin était aussi présent lors de l’audience, qui a duré moins d’une demi-heure. La question d’une possible extradition n’a donc pas encore été abordée, et aucune mention n’a été faite du mandat d’arrêt international émis par le Bénin. Pour rappel, Kemi Seba est activement recherché par Cotonou pour son soutien supposé à la tentative de coup d'État en décembre dernier. Le pays avait alors émis un mandat d’arrêt international.


Des rumeurs... et des rumeurs

Depuis l’arrestation de Kemi Seba en Afrique du Sud le 13 avril 2026 pour des faits présumés de facilitation d’entrée illégale au Zimbabwe, une série d’enregistrements audio attribués au militant panafricaniste circule massivement sur les réseaux sociaux. Ces extraits, issus d’une conversation d’environ dix minutes enregistrée en octobre 2025, ont suscité de vives réactions en raison de propos critiques visant les régimes de l’Alliance des États du Sahel (AES), la Russie et certains aspects du mouvement panafricaniste.

Dans ces audios, Kemi Seba reproche notamment à certains dirigeants de l’AES d’avoir instrumentalisé le panafricanisme à des fins politiques, tout en dénonçant des dérives internes et des intérêts financiers au sein de leur entourage. Il exprime également des critiques à l’égard de la présence russe en Afrique, tout en reconnaissant que Moscou pourrait contribuer à certains objectifs anti-impérialistes du mouvement.

La conversation aborde aussi le fonctionnement de son ONG Urgences panafricanistes, notamment des mécanismes de mise en relation internationale impliquant des contributions financières. L’authenticité des enregistrements a été confirmée par plusieurs recoupements techniques, bien que leur diffusion initiale reste inconnue. L’un des interlocuteurs, l’activiste togolais Zaga Bambo, a confirmé l’existence de l’échange tout en précisant le contexte de sa discussion avec Kemi Seba.

Par ailleurs, la diffusion des audios a été accompagnée de campagnes de désinformation, dont un faux communiqué attribué aux autorités nigériennes. Des enquêtes indiquent que ce document n’a jamais été publié officiellement et s’inscrit dans un réseau plus large de manipulation de l’information.

Toujours détenu en Afrique du Sud, Kemi Seba fait également face à des poursuites au Bénin et à une procédure d’extradition. Son dossier continue de susciter de fortes tensions médiatiques et politiques au sein des cercles panafricanistes et au-delà.

 
 
Dans la même rubrique :