Affaire Abys Garden : le juge instaure une surveillance des comptes pour préserver l’entreprise

Vendredi 7 Aout 2026

Une information judiciaire, une plainte en retour et une société placée sous surveillance : le conflit qui oppose les dirigeants d’Abys Garden franchit un nouveau cap.


Le bras de fer entre les deux associés d’Abys Garden, entreprise dakaroise spécialisée dans l’événementiel et la restauration, se joue désormais devant le juge d’instruction. L’affaire débute en novembre 2025 avec l’ouverture d’une information judiciaire pour des faits susceptibles de recevoir la qualification d’abus de biens sociaux. À ce stade, Babacar Athie était le seul inculpé.

Six mois plus tard, le scénario se renverse. Le 22 mai 2026, Babacar Athie dépose à son tour une plainte avec constitution de partie civile contre son associée, Aby Ndour. Selon des éléments du dossier, il lui reproche notamment le retrait de 40 millions de Fcfa d’un compte bancaire de la société, ainsi que le non‐reversement dans les comptes sociaux de recettes évaluées à plus de 242 millions de Fcfa depuis novembre 2025, dont celles d’un concert organisé à l’Arena en janvier 2026. Cette plainte a donné lieu à l’ouverture d’une seconde information devant le juge du 3ème cabinet. Constatant qu’une procédure portant sur les mêmes faits est déjà pendante devant le 2ème cabinet, celui‐ci s’est dessaisi au profit de son collègue.

Les deux procédures ont été jointes et instruites dans un seul et même dossier d’où l’inculpation de Aby Ndour, sous le régime du contrôle judiciaire, pour abus de biens sociaux et entrave à la liberté du travail.

Conséquence : chacun des associés se trouve désormais à la fois mis en cause et plaignant, Aby Ndour faisant de son côté état de prélèvements opérés par Babacar Athie sur une caisse interne et la cession d’équipements de la société. L’expertise comptable ordonnée au cours de l’information relève des irrégularités de gestion impliquant les deux associés, tout en constatant que la société poursuit normalement son activité. C’est ce double constat qui va dicter la suite du dossier. Le juge d’instruction a ordonné en effet des mesures conservatoires conçues pour préserver les intérêts de la procédure sans interrompre l’exploitation. Les deux associés demeurent gérants statutaires de la société, mais les flux financiers de celle‐ci sont désormais placés sous la surveillance d’un séquestre judiciaire. C’est ce personnage qui devient la pièce maîtresse du dispositif.

Tiers indépendant, tenu de prêter serment devant le magistrat, le séquestre veille à ce que toutes les recettes de la société soient reversées dans les comptes sociaux et vise chaque mouvement bancaire aux côtés de la double signature des deux associés. Il s’assure du paiement régulier des salaires, des fournisseurs et des charges, et rend compte chaque mois au juge d’instruction. Sa mission s’arrête là : il ne dirige pas la société, ne prend part à aucune décision de gestion et s’interdit tout avis sur le litige qui oppose les deux fondateurs. Il est au surplus tenu à une stricte égalité de traitement entre eux, chacun recevant les mêmes informations dans les mêmes délais.

En plaçant les finances de l’entreprise entre des mains neutres sans dessaisir les gérants ni interrompre l’activité, la décision devrait agréer les deux parties. Aucune n’est privilégiée, aucune n’est écartée, et chacune retrouve la garantie que l’autre ne peut plus agir seule : de quoi rétablir un équilibre que la brouille des associés avait rompu. La mesure est inhabituelle dans les conflits entre associés, plus souvent tranchés devant le juge commercial. Un contentieux de cette nature oppose d’ailleurs, en parallèle, les deux dirigeants devant les juridictions compétentes. L’information se poursuit afin de déterminer les responsabilités éventuelles de chacun. À ce stade, les faits restent soumis au débat contradictoire et les personnes mises en cause bénéficient de la présomption d’innocence. 


Liberation 
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