Abdou Fall : « Aucun acteur ne peut gouverner dans une logique d’exclusion »

Dimanche 17 Mai 2026

À la veille des consultations nationales prévues du 21 au 31 mai 2026, l’ancien ministre d’État Abdou Fall a adressé une lettre ouverte au président de la République, Bassirou Diomaye Faye, dans laquelle il analyse la situation politique actuelle et appelle à un sursaut collectif pour éviter toute crise institutionnelle durable. Dans ce texte, Abdou Fall estime que le Sénégal se trouve à un moment charnière de son histoire politique récente. Il a indiqué que les consultations annoncées par le chef de l’État interviennent dans un contexte particulièrement sensible, marqué par des tensions politiques, des interrogations sur la stabilité institutionnelle et des défis sociaux et économiques croissants.

Selon lui, le choix du président de la République d’opter pour des consultations ciblées, notamment en raison du calendrier des fêtes religieuses, plutôt que pour de grands rassemblements politiques, traduit, a-t-il souligné, « un acte de recentrage institutionnel et de réaffirmation de l’autorité présidentielle ». Mais l’ancien ministre d’État a aussitôt alerté sur le contexte dans lequel cette initiative est lancée. Il a estimé que les relations entre le chef de l’État et son Premier ministre Ousmane Sonko restent au centre des interrogations, tout comme les tensions perceptibles au sein de la majorité et les crispations sociales.

Abdou Fall a ainsi affirmé que ces consultations « ne peuvent donc être ordinaires ». Il a souligné qu’elles doivent être considérées comme « une étape décisive pour éviter au pays tout enlisement dans une crise politique durable aux conséquences imprévisibles ». Dans son analyse, l’ancien ministre d’État a décrit une configuration institutionnelle inédite. Il a indiqué que le Sénégal est aujourd’hui marqué par une majorité parlementaire politiquement liée au Premier ministre, une opposition structurée autour de l’ancien président Macky Sall et de ses alliés, ainsi qu’un président de la République appelé, selon lui, à garantir l’équilibre des institutions et l’unité nationale.

Il a insisté sur la nécessité de lucidité et de dépassement des clivages politiques. « Aucun acteur ne peut désormais gouverner durablement dans une logique d’exclusion », a-t-il averti, estimant que la situation actuelle impose une responsabilité collective accrue. Poursuivant son analyse, Abdou Fall a identifié trois pôles politiques majeurs dans le paysage national : le pôle présidentiel issu de la coalition Diomaye, le bloc politique structuré autour de PASTEF, et l’opposition organisée autour de l’APR et du Front démocratique républicain. Il a indiqué que les positions que prendront ces différentes forces politiques seront déterminantes pour la réussite des consultations à venir.

L’ancien ministre d’État a également insisté sur la nécessité de « créer les conditions d’une mise à jour consensuelle des règles du jeu démocratique ». Il a expliqué qu’il s’agit, selon lui, de bâtir une République plus stable, plus équilibrée et mieux armée pour prévenir les crises politiques récurrentes. Abdou Fall a en outre appelé à une mobilisation de l’ensemble des forces vives de la Nation. Il a cité notamment les partis politiques, la société civile, les organisations syndicales, les autorités religieuses et coutumières, le secteur privé, le monde universitaire, les jeunes et les femmes, qu’il a invités à contribuer à cette dynamique de renouveau.

Il a affirmé que le Sénégal a besoin d’un « nouveau pacte de responsabilité nationale », reposant sur un cadre clair dans lequel majorité, opposition et institutions acceptent des règles communes, au-dessus des intérêts partisans et des logiques de confrontation. Dans sa lettre, Abdou Fall a rappelé que l’histoire politique enseigne qu’aucune démocratie ne se consolide durablement sans compromis intelligents entre ses principales forces. « Les compromis négociés au bon moment renforcent les nations », a-t-il dit, ajoutant que leur absence ou leur retard peut conduire à des crises profondes.

L’ancien ministre d’État a estimé que le président Bassirou Diomaye Faye est aujourd’hui confronté à un véritable rendez-vous avec l’Histoire. Il a ainsi appelé le chef de l’État à se placer au-dessus des logiques partisanes afin de transformer cette période de tensions en opportunité de refondation démocratique.
Il a enfin exprimé l’espoir que « la lucidité, la sagesse et le sens supérieur de l’intérêt national prévalent auprès de tous », a-t-il dit, réaffirmant que cette démarche doit se faire « au service exclusif du Sénégal ».
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