Abdou Diouf et Alpha Oumar Konaré : Babacar Justin Ndiaye raconte deux trajectoires opposées

Mardi 20 Octobre 2026

Dans une tribune intitulée « Francophonie-Union africaine : les cas des présidents Diouf et Konaré », le journaliste et analyste politique Babacar Justin Ndiaye livre une lecture critique des mécanismes de désignation à la tête des grandes organisations internationales. En comparant les parcours des anciens présidents Abdou Diouf et Alpha Oumar Konaré, il met en évidence deux trajectoires opposées : celle d'un dirigeant sénégalais porté à la tête de la Francophonie sous l'impulsion de Jacques Chirac et celle d'un ancien chef d'État malien qui aurait activement recherché la présidence de la Commission de l'Union africaine.


Le journaliste et analyste politique Babacar Justin Ndiaye s'est intéressé aux conditions dans lesquelles certains anciens chefs d'État africains accèdent à la direction des organisations internationales. Dans une nouvelle contribution, il examine les cas d'Abdou Diouf, ancien président du Sénégal devenu secrétaire général de l'Organisation internationale de la Francophonie (OIF), et d'Alpha Oumar Konaré, ancien président du Mali porté à la tête de la Commission de l'Union africaine.

D'entrée, le chroniqueur souligne les différences entre ces institutions, tout en remettant en question l'autonomie politique de la Francophonie vis-à-vis de la France. « Depuis René Étiemble (écrivain français), on sait que “comparaison n'est pas raison”. La Francophonie est un sous-machin, donc moins machin que le “machin” onusien moqué par le Général De Gaulle », écrit-il.

« La Francophonie reste un appendice du Quai d'Orsay »

Pour Babacar Justin Ndiaye, l'Organisation internationale de la Francophonie demeure fortement influencée par la diplomatie française, malgré ses origines internationales.

« Bien que portée sur les fonts baptismaux par trois chefs d'État africains et un Prince asiatique, la Francophonie reste un appendice du Quai d'Orsay. Elle est donc aux antipodes de l'ONU », affirme-t-il.

L'analyste estime que le fonctionnement de cette organisation ne saurait être comparé à celui des Nations unies, notamment en ce qui concerne les mécanismes de désignation de ses dirigeants.

Pour illustrer son propos, il revient sur l'accession d'Abdou Diouf à la tête de l'OIF.

Abdou Diouf porté par Jacques Chirac, selon Justin Ndiaye

Selon Babacar Justin Ndiaye, l'ancien président sénégalais n'aurait pas personnellement recherché les fonctions de secrétaire général de la Francophonie. Sa désignation aurait été largement favorisée par l'intervention de son homologue français Jacques Chirac.

« En février 2002 à Beyrouth, c'est le Président Jacques Chirac qui supplia l'ex-Président Abdou Diouf d'accepter la charge de Secrétaire général de l'OIF », soutient-il.

Pour appuyer cette affirmation, le chroniqueur renvoie aux écrits de l'ancien chef de l'État sénégalais.

« Les “Mémoires” du deuxième Président de la république du Sénégal en témoignent au fil des pages », précise-t-il.

Il rappelle également qu'un autre candidat africain était en lice pour cette fonction : Henri Lopès, écrivain et ancien responsable politique congolais.

« Le candidat de l'Afrique centrale était le Professeur et écrivain Henri Lopès du Congo-Brazzaville qui, au regard de la vocation originelle de la Francophonie, avait le parfait profil », estime Babacar Justin Ndiaye.

Le journaliste considère que les qualités administratives d'Abdou Diouf ne suffisent pas, à elles seules, à expliquer son accession à cette responsabilité.

« Abdou Diouf est, certes, un énarque francophone mais intellectuellement, il n'est du même calibre que Senghor, Théophile Obenga ou Boutros Ghali », écrit-il, dans une appréciation personnelle du parcours intellectuel de l'ancien président.

Une organisation devenue un instrument géopolitique ?

Poursuivant son analyse, Babacar Justin Ndiaye soutient que les considérations géopolitiques auraient progressivement pris le dessus sur la mission initiale de promotion de la langue française.

« À la Francophonie, on ne vote vraiment pas comme aux Nations-Unies. C'est la France qui “élit” », affirme-t-il.

Il prend notamment pour exemple la reconduction de la Rwandaise Louise Mushikiwabo à la tête de l'organisation, dont il critique les compétences linguistiques.

« Sinon comment comprendre qu'une Rwandaise qui trébuche sur le subjonctif y collectionne des mandats ? », s'interroge-t-il.

Selon lui, cette situation s'explique par l'évolution des objectifs poursuivis par la Francophonie.

« Parce que la Francophonie n'est plus un instrument de promotion de la langue de Pagnol ; elle est maintenant un levier d'action géopolitique », avance-t-il.

Pour illustrer cette thèse, le chroniqueur établit un rapprochement entre les relations franco-rwandaises et l'engagement militaire du Rwanda au Mozambique, notamment dans les zones concernées par des investissements énergétiques.

« Suivez mon regard ! C'est l'armée de Paul Kagamé qui sécurise les installations pétrolières de la française TOTAL Énergies à Cahora Bassa, au Mozambique », écrit-il.

Cette mise en relation relève de son interprétation géopolitique et ne constitue pas, en elle-même, une démonstration d'un lien direct entre les opérations militaires rwandaises et les désignations à la tête de l'OIF.

Alpha Oumar Konaré : une accession à l'Union africaine qui aurait suscité des déceptions

Abordant le second volet de sa tribune, Babacar Justin Ndiaye revient sur l'accession de l'ancien président malien Alpha Oumar Konaré à la présidence de la Commission de l'Union africaine.

Contrairement au cas d'Abdou Diouf, il décrit un responsable politique qui aurait activement cherché à obtenir cette fonction, au détriment d'un autre candidat africain.

« S'agissant d'Alpha Oumar Konaré, son élection à la tête de la Commission avait provoqué des murmures… de déception. Il avait bousculé l'ancien Ministre des Affaires Étrangères de la Côte d'Ivoire, Amara Essi », affirme-t-il.

Le chroniqueur considère que la candidature de Konaré avait contrarié les attentes de ceux qui soutenaient l'ancien chef de la diplomatie ivoirienne.

Il évoque, à ce propos, l'influence qu'aurait pu exercer l'ancien président ivoirien Félix Houphouët-Boigny s'il avait encore été en vie.

« Il est clair que si le Vieux de Yamoussoukro (Houphouët Boigny) avait été en vie, Alpha Oumar Konaré n'aurait pas osé agir de la sorte », écrit-il.

Babacar Justin Ndiaye insiste particulièrement sur le rôle joué par Amara Essi dans la transformation de l'Organisation de l'unité africaine (OUA) en Union africaine (UA).

« L'ambition surprenante de l'ancien Président Konaré avait d'autant plus déçu que c'est l'Ivoirien Amara Essi qui avait, par un travail acharné et méthodique, piloté la transition de l'OUA vers l'UA », souligne-t-il.

À travers cette comparaison, l'analyste met en opposition les circonstances politiques ayant favorisé l'accession des deux anciens présidents africains à des responsabilités internationales.

« Abdou Diouf a été propulsé à son corps défendant »

Pour Babacar Justin Ndiaye, la différence fondamentale entre les deux trajectoires réside dans la manière dont les intéressés ont accédé aux fonctions concernées.

« On est en face de deux cas distincts. Dans le premier, Abdou Diouf a été propulsé – à son corps défendant et sous la pression de son ami Chirac – aux commandes de la Francophonie. Tandis que dans le deuxième, Alpha Oumar Konaré a poussé la porte avec force », résume-t-il.

Cette distinction constitue le cœur de son argumentation : d'un côté, un ancien président sollicité pour diriger une organisation internationale ; de l'autre, un ancien chef d'État qui aurait fait preuve d'une volonté affirmée de conquérir une fonction continentale.

Une précision sur le secrétariat général de l'ONU

En conclusion, Babacar Justin Ndiaye revient sur une affirmation formulée dans une précédente contribution consacrée aux Nations unies.

Il précise que son propos avait été imparfaitement restitué et entend lever toute ambiguïté sur la question de l'accession des anciens chefs d'État au poste de secrétaire général de l'organisation.

« Pour en finir avec les Nations-Unies – et vraiment en finir –, mon idée a été déclinée de façon involontairement bancale dans mon précédent article. J'ai voulu dire qu'aucun ex-chef d'État n'a été élu Secrétaire général de l'ONU », conclut-il.
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